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Mon hommage à Soaz

Soaz est décédée dans la nuit du 12 au 13 janvier 2008, elle avait 32 ans.


Depuis la fin des Oisives en décembre 2005, elle multipliait les collaborations artistiques. Ses projets étaient en train de prendre leur envol : The Milk bien sûr avec des nouvelles chansons magnifiques, mais aussi ses créations musicales pour le théâtre, et des sollicitations qui commençaient à arriver de partout.

J'ai rencontré Soaz en septembre 2001. Avec Billy Ze Kick on cherchait une nouvelle gamine en folie. Isa Boza nous l'a présenté, elles étaient amies; durant deux ans Soaz partagea avec beaucoup d'amusement tous nos délires, je crois que ce qui l'éclatait le plus était la décontraction et l'esprit de bande qui animaient le groupe.

Soaz m'a très vite impressionné : son talent et son énergie m'époustoufflaient. Je rêvais depuis longtemps de collaborer avec une artiste qui réunisse l'exigence technique et harmonique de la musique classique, et l'immédiaté, la jouissance et l'énergie du rock. Elle m'a rapidement présenté Sylvie Jourdan, avec qui elle constituait Les Oisives, je me suis immédiatement retrouvé manager et producteur du duo, puis je l'ai encouragé et aidé dans ses essais solo, jusqu'à l'album de The Milk.


Soaz transcendait toutes les musiques. L'émotion qui transpirait de tout son corps lorsqu'elle jouait, obligeait tous ceux qui travaillaient avec elle à se dépasser.

Nous avons cessé de collaborer ensemble au printemps 2007, nous n'arrivions pas à nous mettre d'accord sur nos rôles mutuels et les conditions de notre collaboration.

Soaz exigeait beaucoup, trop parfois, de tous ceux et celles qui l'entouraient. Elle ne cédait jamais, elle préférait souvent mettre fin aux discussions quand elle sentait qu'elle n'arriverait pas à imposer sa vision des choses. Elle était comme ça, exigente, têtue... parfois bornée, et imprévisible.

Sans doute qu'elle avait surtout besoin d'être aimée, chaque jour, chaque minute, qu'on lui montre... sans trop lui dire bien sûr, parcequ'elle était fière et ne voulait jamais paraître fragile. Elle voulait être choyée simplement, comme une petite fille, qui ne supporte pas d'être seule.

Elle donnait sans compter et en exigeait autant de tous ses proches. Comme beaucoup d'artistes accrochés à leur destin, à leur unique destin.

Si tu nous avais vu, Soaz, durant ces deux semaines qui ont suivi ce 12 janvier, collés les uns aux autres pour surmonter notre souffrance et notre désespoir, tes amis, ta famille, tu aurais compris combien tu étais aimée, et combien tu étais importante pour nous tous.

Benoît Careil, 17 février 2008