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Inconnu, il y a un an à peine, Billy Ze
Kick collectionne aujourd'hui les disques d'or. Leur simple, Mangez-moi!
Mangez-moi!, fut l'un des hymnes de l'été; leur
premier album, Billy Ze Kick et les Gamins en folie, s'est vendu
en cinq mois à plus de 250 000 exemplaires. Une tournée
d'une quarantaine de dates devrait se terminer en apothéose
le 19 décembre à l'Olympia, doublé encas de
forte demande par un concert dans une autre salle parisienne. Quelle
surprise! Celle d'un groupe d'artisans rock rennais dont le succès
semble la conséquence d'un travail mené dans des conditions
étonnantes de précarité.
Ils portent des habits et des patronymes de héros de BD:
Nathalie -dite Billy Ze Kick, auteur-chanteuse espiègle -
et Benoît -alias Mr. Bing, compositeur et bricoleur de sons
- forment le noyau du groupe depuis 1989. En 1991, les éditions
musicales BMG signent un contrat avec Billy Ze Kick, qui ne trouve
pas pour autant de maison de disques. Lassé des démarches,
le duo décide, l'an passé de s'autoproduire.
Mr. Bing se souvient de l'ambiance de l'enregistrement. "On
avait choisi dans notre répertoire les morceaux les plus
rigolos et on a invité des copains à délirer
avec nous; On les a baptisés les Gamins en Folie".
Mais les chansons avait été écrites avant.
"Au départ Benoît échantillonne, explique
Nathalie, il se compose un petit stock de samples qui me donnent
des idées de textes et de mélodies. Les Gamins avaient
les paroles des chansons, même s'ils en ont improvisé
une partie". De fait, ce premier album respire la bonne
humeur et accumule les influences: pop sixties (Doors), jazz (Dave
Brubeck et surtout reggae (Mighty Diamonds). Mr Bing a parsemé
ses musiques de bouts de mélodies familières qui vous
accrochent comme des petits hameçons.
Passionée de jeux de rôle -ces parties de cache-cache
en pleine nature inspirées des univers magiques de l'heroic
fantasy-, la fine équipe a consacré la seconde
moitié de son disque à des histoire peuplées
de "killers", de "sphinx" et d'
"encraoudeur". Avec la même drôlerie,
ils croquent sur le vif leur quotidien en se jouant des tabous.
Comme rarement auparavant dans la chanson française des titres
comme OCB (une marque de papier à cigarettes) ou Mangez-moi!
vantent ainsi les joies de substances illicites, marie-jeanne et
champignons hallucinogènes. Provocation?
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"Non, assure Benoît, on a parlé
de choses de la vie de tous les jours, de plaisirs partagés
par des millions de gens. Ne soyons pas hypocrites , fumer un pétard
est un fait socialement accepté". Tout comme la
consommation de psilocybes? "Il s'agit plus d'une démarche
d'initiés. Ces champignons sont rares, ils ont mauvais goût
et on les digère mal. Les gens ne s'y mettront pas comme
ça"
Pour Nathalie, ses morceaux sont "les chroniques d'une
marginalité ordinaire". En décrivant de façon
comico-réaliste les qualités pratiques d'une marque
de papier à cigarettes ou les avatars de la cueillette des
psilos, Billy Ze Kick refuse d'associer l'usage de certains stupéfiants
aux dangers sordide de la toxicomanie. Rondes enfantines plutôt
que rock délétère, leurs chansons ont rencontré
plus d'une génération.
Finalement, la réalité vient de rattraper le groupe.
Un enquêteur de la brigade des stupéfiants de Nantes
a transmis au parquet de Paris une procédure pour "incitation
à l'usage des stupéfiants" suite à la
publication de Mangez-moi, et, le 21 octobre, le groupe a
dû se fendre d'un communiqué officiel reprenant les
arguments avancés plus haut.
Reste que la notoriété n'est pas venue toute seule
: "notre éditeur a essayé de placer l'album
auprès des maisons de disques,se souvient Benoît,
toutes craignaient la censure et refusaient de prendre le risque.
Nous avons alors sorti le disque nous-mêmes, fin 1993, en
le faisant distribuer par une structure régionale puis par
Média 7, un distributeur indépendant. Quelques radios
locales ont joué l'album, qui en quelques mois, a bénéficié
d'un bouche à oreille incroyable. Lors des grandes manif
de lycéens, on a même vu certains chanter OCB. Nous
en avons vendu 6000 avec Média 7 et quand le personne qui
avait signé avec nous en édition a créer son
propre label distribué par Polygram, nous l'avons suivie.
En Mai, le disque est ressorti avec les moyens d'une multinationale.
Il a alors décollé. Au départ, aucun réseau
FM ne voulait programmer Mangez-moi!, mais la demande était
tellement forte qu'ils y ont été obligés."
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